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  • : Vie perso / Journal intime
  • : Rousseau contre Gargamel... Non je ne me prends pas pour Rousseau, mais Alithia se prend pour Socrate alors qu'elle rappelle plutôt Gargamel. Puisque je crois aux vertus de l'éducation et comme je crois plutôt en l'humanité (par pur pragmatisme à vrai dire), un commentateur d'Alithia a cru bon de me comparer au "grand homme", Jean-Jacques Rousseau, en sous-entendant que je ne pouvais évidemment pas en avoir conscience ni comprendre les raisons d'un tel rapprochement, illettré que je suis.
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Derniers Commentaires

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Samedi 15 décembre 2007
En ce moment j'anime un atelier au collège dans une banlieue un peu "chaude". Enfin pas si "chaude" : on m'avait prévenu que j'allais avoir affaire à des méchants, mais le fait est que ça se passe très bien.
Hier, un garçon qui participe à l'atelier commence à m'expliquer "la passion du christ" de Mel Gibson, que je n'ai pas vu, en me disant au passage "les juifs exagèrent, ils râlent alors que le film reprend juste la Bible : c'est vrai qu'ils ont tué Jésus". Je lui explique que c'est un point de vue, qu'il en existe un autre qui serait de parler de Jésus, de sa mère et de ses compagnons comme d'un groupe de juifs justement, condamnés par le Sanhédrin mais aussi par l'occupant romain, enfin bref, que d'imputer le martyr de Jésus aux juifs serait aberrant et anachronique, puisque Jésus est né et mort juif et que ses compagnons survivants ont longtemps hésité à accepter des non-juifs dans leur groupe.
Eh bien en parlant à ce jeune homme de choses qui me semblent simples et évidentes (je n'ai pas causé de l'historicité de Jésus, qui fait débat, par exemple) j'ai clairement perçu son étonnement face à ce que je lui disais, dans le registe : "mais qu'est-ce qu'il est en train de me raconter celui-là ?", c'est à dire que pour lui, dire "Jésus était juif" est aussi aberrant que de dire "Jésus s'est marié avec Marie-Madeleine pour fonder la dynastie des rois de France" (ce qu'on  "apprend" à la fin du nullissime Da Vinci Code).
J'ai insisté : "mais c'est vrai, Jésus était juif !"
J'ignore si il me fait confiance, s'il se renseignera,...
Tout ce que je sais c'est que le collège où j'ai eu cette étrange conversation se trouve à un jet de pierre de la cité ou Illan Halimi a été torturé par le "gang des barbares" qui pensaient que la judéité du jeune homme était la garantie du versement d'une belle rançon.

Les gens comme Alithia qui accusent Wikipédia de véhiculer du relativisme culturel feraient mieux de mettre les choses en perspective. Un gamin qui n'a aucune idée du fait que Jésus était juif, mais vraiment aucune idée, ne deviendra pas spécialement plus antisémite qu'il ne l'est peut-être déjà en tombant sur l'article consacré à l'Affaire Dreyfus et en y trouvant un livre anti-dreyfusard mentionné dans la biblographie sans avertissement (comme, dit-on, ce fut le cas un temps sur Wikipédia). Déjà, expliquer aux gens que l'histoire est complexe, qu'il n'y a pas des méchants eux contre des gentils nous, que les peuples, les religions, les frontières, n'ont jamais cessé de changer, montrer toute la complexité du monde et montrer les argumentations des uns et des autres, c'est déjà pas mal. 
Et pour ça, Wikipédia peut être utile.
Ensuite pour ce qui est de dispenser une vérité unique, parfaite, sans tache, sans défauts, sans contradictions, effectivement, il vaut mieux aller voir ailleurs : la plupart des régimes totalitaires font ça très bien.
Par Jean-no - Publié dans : Stress
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Jeudi 13 décembre 2007

Lundi dernier, Mémona Hintermann raconte son aventure avec Khadafi sur Canal+ : le président lybien a tenté de la violer en 1984 et elle s'en est tirée de justesse.
En dehors du fait qu'il s'agit de Khadafi (fait qui justifie que l'histoire soit racontée à la télévision), on sent que la journaliste a quelque chose sur le coeur et qu'elle a besoin de le raconter, qu'elle se rappelle des détails idiots, de la boisson bizarre qu'elle a refusé, de la mise-en-scène foireuse du traquenard, qu'elle revoit comme si c'était hier l'interprète cachée dans les WC en attendant que les choses se passent...
Je suppose qu'il faut prendre un peu sur soi pour raconter une telle affaire. Elle ne l'a pas fait à l'époque du reste, elle n'a commencé à l'évoquer du bout des lèvres que vingt ans plus tard, pendant un talk-show de Marc-Olivier Fogiel.

Ce qui est choquant dans la vidéo dont j'ai reproduit le lien plus haut, c'est cependant moins l'attitude de Khadafi en 1984 (minable) que le spectacle déroutant de la télévision. L'interviewer parle doucement, sourit bêtement et semble toujours prêt à prendre la main de Mémona Hintermann ("je te console"). C'est encore une position relativement digne, mais lorsqu'il prend conscience que l'heure tourne, il n'hésite pas à interrompre le récit.
Une chroniqueuse sur le plateau, Anne-Élisabeth Lemoine, coupe elle aussi la parole à sa confrère pour sortir une phrase d'un ton réjoui, hilare,... Et le public rit, applaudit lorsque Mémona Hintermann qualifie Khadafi de "racaille", on est dans le spectacle, le pur spectacle.
Est-ce que c'est la gène qui pousse les uns et les autres à réagir de manière aussi peu digne ?
Est-ce qu'il y a une volonté organisée de trivialiser un récit apte à modifier quelque peu la vision que l'on peut avoir de la "visite officielle" de Khadafi ?
En rappelant que la France "baisse son pantalon" (l'expression prend tout son sens dans le contexte) et est même la seule nation à l'avoir fait ainsi, pour quelques milliards de contrats, devant un chef d'état qui mérite effectivement d'être qualifié de voyou (on a trop parlé des "états voyous" : il s'agit ici d'un "chef d'état voyou", ce qui est bien différent), Mémona Hintermann met apparemment tout le monde suffisamment mal à l'aise pour qu'on transforme ce qui est visiblement un épisode sordide de sa vie en une anecdote plaisante et sans conséquences.
Et Mémona Hinternann, est-ce qu'elle se rend compte qu'elle a bradé un épisode de sa vie ? Elle fait partie des organisateurs du spectacle elle-même, elle en a sans doute intégré les règles, est-elle capable de voir qu'elle en est à son tour la victime ?

La France de 2007 est un pays de crevards, et je pèse mes mots. On a réussi à farcir les têtes d'inquiétudes paralysantes et à imposer une conclusion simple : arrêter des sans-papiers dans les locaux d'associations, faire les honneurs à un chef d'état minable, parler des droits de l'homme comme d'une formalité ("si vous voyez les chinois, pensez à leur parler des droits de l'homme"), abandonner toute foi en l'humanité et en ses progrès,... Tout est bon, tout est valable lorsqu'il s'agit de sauver trois emplois - ou de se le faire croire -, de signer pour quelques milliards de contrats.

Le meilleur avec ce fascisme nouveau (appelons un chat un chat) c'est qu'on n'a pas à cotiser, à avoir une carte du parti, tout ça nous est filé presque gratuitement par la télé. Nous payons il est vrai une redevance audiovisuelle mais elle est presque symbolique, c'est la publicité qui finance le reste - tout en nous apprenant que nous avions besoin, sans le savoir, de chaussures très chères, de jouets divers, de repas tous préparés anti-diététiques vendus au prix du foie-gras, etc.
Merveilleux modèle économique.

Par Jean-no - Publié dans : Médias
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Lundi 10 décembre 2007
Alons bon ! Alithia publie une de mes réponses à un commentaire publié sur son blog (qui me prenait à partie). N'étant pas sûr que cela dure vraiment, je publie ici même la réponse que j'ai faite à sa propre réponse.

Très chère Alithia, vous laissez entendre que les messages que vous ne passez pas relèvent, je cite, du harcèlement, de la police, de l'injure ou de la diffamation à votre encontre... Je trouve ça pour le moins injuste ayant toujours mis un point d'honneur à rester correct.
Quand aux "dérapages" que vous m'attribuez, vous n'avez jamais laissé passer les messages où je m'en défendais : que puis-je faire ? Si vous ne passez que ce qui vous arrange, le débat est un peu déséquillibré. Je sais bien que je suis un bretteur exténuant, car moi-même je me fatigue peu (entre autres preuves de ma pouacritude, sachez que j'ai appris la frappe rapide avec dix doigts, j'écris nettement plus vite au clavier qu'autrement), mais ayez l'honnêteté d'admettre votre forfait plutôt que de m'attribuer les crimes imaginaires (mais suffisamment odieux pour qu'on se passe de preuves en accusant).

Tout petit détail, que je suis forcé de rectifier : je ne critique pas l'auto-édition de Michel Schetter, c'est un point qui me le rend sympathique et sur lequel il force l'admiration de bien des gens. Par ailleurs les meilleurs éditeurs de bande dessinée des dernières années ont plus ou moins tous commencé par l'auto-édition, comme le célèbre "l'Association", éditeur aujourd'hui important, toujours associatif à ce jour, créé par sept auteurs dont les productions ne plaisaient pas chez Dargaud ou Casterman.
 
(envoyé lundi 10 à 10h46)
Par Jean-no - Publié dans : Censure
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Mercredi 5 décembre 2007
Comment peut-on en vouloir à une encyclopédie, souhaiter la museler , sous des prétextes relativement grossiers ?
Je ne parle pas d'Alithia : c'est une "déçue", c'est à dire quelqu'un qui a tenté d'imposer ses vues sur Wikipédia, n'y est pas parvenue.
Ses soutiens semblent avoir le même profil.
Mais les autres ? Les éditorialistes et les journalistes du Monde, par exemple ? Les élus divers et variés ? Tous ces gens qui font mine de découvrir que Wikipédia n'est pas censurée/validée en amont mais en aval et qui s'émeuvent de tel ou tel vandalisme insignifiant ? Qui intérprètent une décision de justice très claire en sous-entendant un scandale ?
Je ne crois pas que ce soit la liberté de ton de Wikipédia qui les gène, car de par son contenu, Wikipédia n'est pas une encyclopédie subversive : la date de naissance de Victor Hugo, la définition du théorème de Pythagore, ce ne sont pas des remises en cause des privilèges d'untel ni des preuves de l'inexistence de Dieu. Quand un article est bien fait, c'est à dire quand il est conforme aux principes fondateurs de Wikipédia (et plus ça va, plus c'est le cas), il dispense un savoir relativement banal et même décevant (pas de scoop).
Il existe de nombreux supports, notamment encyclopédique, au contenu "engagé", et qui sont donc potentiellement gênants.
Puisque ce n'est pas le contenu de Wikipédia qui pose problème, c'est le contenant.
Et qu'est-ce que Wikipédia, en plus d'être un projet d'encyclopédie ?
  • c'est un des dix sites les plus visités du web
  • c'est un site exempt de publicités
  • c'est un site maîtrisé par ses lecteurs
  • c'est un site dont le contenu est libre (au sens du logiciel libre)
Le premier point, l'affluence, fait de Wikipédia un joli gâteau que certains considèrent avec convoitise. Des millions de pages vues chaque jour, ça représente de l'argent sur Internet, énormément d'argent. Il m'arrive de discuter avec des "spécialistes du i-business" qui pensent que, à terme, Wikipédia se fera manger par Google, par Microsoft ou par un autre. J'ai beau leur rappeler le principe des licences libres, ils sont certains de leur fait, comme on est sûr qu'un objet finira toujours par se casser.
Et c'est peut-être une des raisons de vouloir la faillite ou la corruption du projet. Je reprends ma métaphore de l'alcoolisme : la déchéance est plus supportable lorsque l'on n'est pas seul au fond du trou. Voir que tout le monde finit par se faire corrompre par la publicité est rassurant, consolant, pour ceux qui s'y sont déjà fait prendre. Tout finit par tomber un jour, ceux qui le prédisent sont prêts à vous pousser pour avoir raison.
Celui qui ne cède pas crache dans la soupe.
La publicité ralentit les sites web (elle demande des ressources en termes de bande passante, d'équipement et de puissance des sytèmes) et rend parfois leur accès problématique (voir ces énervants effets css ou flash qui prennent le pas sur la lisibilité générale d'une page pour imposer le visionnage d'une pub par exemple). Pour les non-voyants, les sites de ce genre doivent être terriblement pénibles, d'ailleurs. C'est sans doute une des raisons du bon référencement de Wikipédia par google, qui privilégie les sites les plus accessibles techniquement.

Beaucoup considèrent que Wikipédia est emblématique du "web 2.0". Je ne suis pas tellement d'accord, car le web 2.0, ce n'est pas seulement l'effacement des distinctions entre les producteurs du contenu et public. C'est avant tout la créativité encadrée commercialement : votre album photo ou votre journal intime sont dans l'indice Nasdaq ! C'est ça le Web 2.0. La destinée de Wikipédia, au contraire de ce qui a cours dans le "web 2.0" appartient à sa communauté d'utilisateurs, et ce à un point que les gens externes à Wikipédia auraient de la peine à imaginer. Les évolutions qui concernent la plate-forme wikipédia sont discutées, votées (sur le mode de la recherche de consensus et non sur le mode purement démocratique), et on imagine mal le conseil d'administration de la fondation Wikimédia prendre une décision contre l'avis de l'ensemble de la communauté. L'arnaque fondamentale du Web 2.0 (tout le monde peut participer mais seuls les gentils organisateurs décident des conditions de cette participation et en tirent un bénéfice financier) n'a donc rien de commun avec Wikipédia.
Encore une bonne raison de détester et de jalouser Wikipédia, donc.

Sur le volet de la "liberté" du contenu, nous vivons une époque de contradictions profondes : les "ayant-droits" (non pas la veuve machin dont tout le monde se fiche, mais plutôt Vivendi-Universal-Canal+, AOL-Time-Warner-CNN, Disney-Buena-Vista et Sony-Columbia) poussent les législateurs à étendre la durée de validité des copyrights. Ce mouvement ne se cantonne pas au divertissement : le médicament, par exemple, est très touché. La magie des droits d'auteur ou des royalties étant qu'ils permettent de gagner de l'argent sans travailler, parfois juste en ayant exploité quelqu'un dans le passé. Le défaut de ce système n'est pas que certains s'enrichissent (grand bien leur fasse), mais plutôt qu'il rend impossible certaines choses. Certaines oeuvres sont même interdites de diffusion par des ayant-droits, comme la comédie musicale "Porgy and Bess", le "4 fantastiques" produit par Roger Corman, le "Star Wars holliday special", etc. On peut parler aussi de la manière dont les musées nationaux, acculés à la rentabilité depuis quelques années, cherchent à se faire passer pour les ayants-droits de statuettes volées à la Grèce, à l'Irak ou à l'Égypte qu XIXe siècle.
Dans le domaine du médicament, on sait que certains brevets freinent l'endiguement d'épidémies, car un brevet ne sert pas seulement à gagner de l'argent mais aussi à maîtriser le marché, à fixer les tarifs. En France,  la manière dont l'industrie pharmaceutique maîtrise le marché a une influence considérable sur les misères du système de couverture sociale, par exemple - ne vous demandez pas pourquoi l'actuel ministre de la santé est une ancienne pharmacienne et non un médecin.
Face à ça, la communauté du "libre", que l'on considérait comme une bande d'ahuris utopostes il y a 20 ans, est extrèmement active et a eu une influence formidable sur le développement industriel dans le domaine du numérique et tout particulièrement sur Internet. Sans le "libre", Internet serait sans doute comme les réseaux de télévision ou de téléphonie actuels : un support d'information intégralement maîtrisé par un petit nombre de groupes financiers et par les états. Avec Linux, BSD, Apache, Sendmail et de nombreux outils conçus dans par des universitaires ou des particuliers à destination du monde entier, le réseau s'est "dé-propriétarisé" au bénéfice direct de l'industrie (qui ne serait jamais développée comme ça seule) mais aussi du public.
Win-win comme dirait l'autre.
Il en va tout autrement des contenus : les contenus "libres" ou ne respectant pas les règles posées par l'industrie constituent une concurrence. Cela ne rapporte rien à Vivendi ou à Disney que des groupes de rock proposent leur musique selon de nouveaux modes commerciaux qui leur échappent. Cela ne rapporte rien à Microsoft qu'une encyclopédie en ligne soit diffusée mondialement ou que des photographies soient accessibles à qui veut sous des licences de type "art libre" et "gnu".

L'intérêt de l'industrie est que Wikipédia (et bien d'autres) marchent au pas, c'est à dire soient maîtrisés par le besoin d'être rentable (besoin qui force sans cesse à caresser la main qui vous nourrit) et soient contôlées financièrement - le capitalisme actuel n'aime que les sociétés endettées.
Pour ça, ils sortiront la grande artillerie. On nous trouvera d'affreuses histoires de pédophile, de sectes, de terrorisme, de neo-nazis, enfin de tout ce dont la simple évocation paralyse les capacités cognitives du public et pousse ce dernier à accepter qu'on lui vole ses droits, sa liberté et son argent.

Je paranoïse ? Peut-être. Sûrement. Mais on n'est jamais trop paranoïaque comme disait je ne sais plus quel homme d'une grande sagesse.
Par Jean-no - Publié dans : Censure
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Mercredi 5 décembre 2007
Dans un de ses récents articles, Alithia s'afflige du niveau des jeunes français en lecture, niveau dont la baisse a été pointée par une étude internationale.
Elle avertit :  "ce n'est pas Wikipédia qui y remédiera".

Tout ça est gentil, mais il faut rappeler trois faits :
  • - Wikipédia n'existe que depuis six ans et n'a une importance véritable sur Internet que depuis deux à trois ans
  • - Bien qu'elle patisse sans aucun doute de nombreux problèmes externes, l'éducation nationale est bien la machine qui sert à enseigner en France, les enfants passent plus de temps assis à leurs pupitres d'école que leurs parents ne passent de temps au bureau ou à l'usine. Et j'ai du mal à imaginer qu'ils passent plus de temps sur Wikipédia qu'à l'école. Du coup, j'ai peur que l'on soit plus en droit de demander des comptes à l'éducation nationale qu'à  wikipédia quand au niveau scolaire des français. Et c'est d'autant plus vrai que la situation diffère selon que les élèves sont issus de l'éducation nationale ou de l'école privée. En tant que prof, Alithia pourraît aussi se poser des question - pas le genre, je sais.
  • - D'ailleurs Wikipédia existe AUSSI dans les pays mieux classés que la France en matière d'éducation : Finlande et autres. 
Pour finir, une encyclopédie comme Wikipédia, qui n'est pas seulement destinée à apporter du savoir mais permet aussi à ceux qui y participent de s'entraîner à la rédaction ou à la documentation peut difficilement être l'ennemie du savoir et de la lecture. Et je ne parle pas du Wiktionnaire, dictionnaire de la langue française qui vient de dépasser les 600 000 articles. C'est aussi un projet émanant de la fondation Wikimedia.
Bref, encore un mauvais procès.
Par Jean-no - Publié dans : Wikipédia
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Dimanche 2 décembre 2007
Au delà des procès d'intentions divers (relativisme culturel, irresponsabilité, incompétence), quels sont les véritables défauts du système ? Quels sont les inconvénients qui apparaissent à l'usage ?
J'essaie de compiler quelques points problématiques ici, la liste n'est pas fermée.

-1- Le syndrôme du cheveu sur la soupe

Je viens d'apprendre un détail intéressant, piquant, sur un cinéaste des années 30 en lisant l'Histoire du cinéma mondial de Georges Sadoul, référence des références s'il en existe sur le sujet. Sans quitter mon siège je cours voir si l'article de Wikipédia consacré au films musicaux mentionne ce que j'ai découvert... Non... Je m'offre donc la grande fierté d'insérer (à la va-vite) une ligne qui raconte ce que je brûlais de transmettre. L'information, dans le cas, c'est que le début du Fantasia de Disney est en fait piqué à un cinéaste d'avant-garde allemand - qui au moment de la sortie de Fantasia mourrait sur le front russe - après avoir été un cinéaste officiel du régime nazi mais c'est une autre histoire.
Trop heureux de l'exclusivité de mon information, ai-je vraiment relu l'article entier pour déterminer où ajouter l'anecdote que je voulais ajouter ?  Un article qui se construit par micro-ajouts manque facilement d'unité, et pire, un bon plan de départ peut être ruiné par de tels ajouts "discrets" comme on dit en logique.

-2- le syndrôme de la pelotte de cheveux sur la soupe

L'accumulation des ajouts "discrets" peut aboutir à des redondances un peu ridicules. Imaginons par exemple que trois personnes distinctes viennent chacune dire sur une biographie un fait "controversé" ou devenu criminel au regard de l'histoire (l'amitié de Hergé pour Léon Degrelle, l'enthousiasme de tel intellectuel pour la Révolution Culturelle Maoïste, l'antisémitisme de Voltaire, le défaussement parental de Rousseau...) et que chacune le fasse pour une raison personnelle différente (informer ; justifier/excuser ; juger), il est possible qu'ils le fassent à des endroits différents de l'article, sans tenir compte les uns des autres, voire même en évitant le conflit, chacun donnant en quelque sorte son avis dans son coin. On n'aura aucune peine à se figurer l'état lamentable dans lequel se trouve un article qui subit ce traitement. En théorie, la neutralité de point de vue, principe fondateur de Wikipédia, règle le problème, puisque les faits seuls doivent être évoqués. Par exemple on peut expliquer comment Rousseau a abandonné ses enfants, la justification qu'il en fait, la justification que d'autres en ont fait, la condamnation qu'en ont fait telle, telle et telle personne, la réaction des premiers lecteurs de Confessions, etc.  
Mais c'est la théorie. Dans la pratique, la disparité des ajouts commence par abimer l'article. Il faut ensuite qu'un volontaire retrousse ses manches et reprenne l'article depuis le début pour lui redonner la cohérence qu'il a perdue. C'est à mon avis le point sur lequel le travail des wikipédiens est le plus difficile, et donc, mécaniquement, le plus rarement fait et bien fait. D'autant que des questions d'égo entrent parfois en jeu, l'auteur du "premier jet" d'un article étant parfois vexé de voir son plan repris à zéro, et l'auteur de la correction n'osant pas supprimer certaines informations, certaines formules, par peur de froisser quelqu'un : Wikipédia est un projet communautaire et ces questions en découlent naturellement.

-3- Le syndrôme du plafond

Il arrive que, pour éviter des problèmes entre personnes, un même article se développe dans plusieurs sens opposés en même temps. Lorsque des informations sont véritablement contradictoires, il peut arriver que les adversaires s'accordent tacitement pour éviter une question qui fâche. Ce status quo, souvent consécutif à l'état d'épuisement des adversaires sur un article est tout à fait domageable à la qualité et à la lisibilité dudit article, évidemment.

-4- Le grignotage

Lorsqu'un article contient des faits signifiants mais qui correspondent à une vérité difficilement acceptable par certains, il n'est pas rare de voir l'article modifié par petites touches discrètes. Je me rappelle de l'article sur "Le choc du mois", journal nettement d'extrème droite dont un des trois fondateurs (Marc Dem) avait écrit dans ses essais que les juifs étaient d'origine extra-terrestre. Les informations dispensées par l'article étaient exactes (Marc Dem a bien écrit que les juifs étaient extra-terrestres et Le Choc du Mois est bien d'extrème-droite), mais les sympathisants de l'extrème-droite récusent le nom auquel ils préfèrent souvent "droite nationale", moins connoté ; apparemment ils n'aiment pas non plus penser qu'un des fondateurs de ce journal ait été un "ufologue". Avec le temps, la mention d'extrème-droite a été conservée (après de nombreux aller-retours) tandis que la qualité d' "ufologue" de Marc Dem a finalement disparu. Je ne sais pas pourquoi dans le détail, mais je suppose que cela découle du principe de pertinence : si un point Y concerne une personne X elle même en rapport avec un fait Z, il est généralement conseillé de parler du point Y dans l'article X et non dans l'article Z. C'est pas clair comme formulation hein. Cela signifie que, en général, il vaut mieux parler de la qualité d'ufologue xénophobe (je suppose qu'on peut qualifier ainsi une personne qui considère qu'une partie des habitants de la terre est d'origine extra-terrestre ?) de Marc Dem dans l'article qui est consacré à Marc Dem que dans l'article "Le choc du mois" dont Marc Dem est co-fondateur. À moins que l'on pense qu'il y a un lien intéressant à établir entre "le choc du moi" et la paranoïa xénophobe la plus délirante, mais ce lien sera jugé "intéressant" par les uns, "anecdotique" par d'autres et nettement "tendancieux" par les derniers. Si l'on veut être un minimum impartial, la question n'a rien de facile.

-5- La compétence

L'impartialité conduit parfois à se conduire d'une manière qui défie l'entendement.
Prennons l'article sur la Corée du Nord par exemple. Tout le monde pense du mal de Kim Jong Il et de son régime orwellien, des famines abominables, de l'absence d'une pensée libre, etc.
Mais aucun de nous ne s'est rendu en Corée du Nord. Les sources connues sur le sujet sont même rares, nous devons prendre pour argent comptant des accusations généralement de seconde main, ou bien nous contenter des sources officielles qui présentent le pays comme une réalisation parfaite. En réalité l'information la plus signifiante sur le sujet est sans doute le fait que les rares touristes qui se rendent en Corée du Nord doivent jurer qu'ils ne sont pas journalistes, l'absence d'informations, de statistiques ou les contradictions profondes qui naissent de certaines juxtapositions de chiffres. Mais en parler de cette manière sur Wikipédia, sans le soutien d'études, d'articles, revient vite à tomber dans le "travail inédit" et l'opinion personnelle. Pour tout arranger, le seul contributeur à cet article qui connaisse réellement le sujet (et qui se soit rendu en Corée du Nord) soutient nettement le régime de Pyongyang. Sous son impulsion, toute affirmation impossible à prouver est supprimée, et les euphémismes officiels sont repris (de mémoire, l'article contenait quelque chose comme : "le régime a porté ses efforts en priorité sur l'égalité entre les coréens plutôt que sur les droits de l'homme"), enfin bref, malgré l'opinion de 99,99% des wikipédiens, l'article de Wikipédia est souvent d'une tendresse consternante vis-à-vis de la pire dictature du monde. C'est autant pour ceux qui croient que l'information dispensée sur Wikipédia est une information "démocratique" c'est à dire décidée en suivant l'opinion du nombre et non la compétence.
En général, en effet, la compétence la plus grande (fut-elle au service de buts douteux) obtient gain de cause, pourvu qu'elle s'exprime de manière civilisée. Nous tombons là dans un paradoxe de la recherche de vérité : comment s'en tenir aux sources lorsque celles-ci n'existent pas réellement ?
Le même problème se pose avec les mouvements sectaires.

-6- La duplicité

Certains contributeurs à Wikipédia ne viennent pas spécialement pour y aider la connaissance et la vérité à progresser. Chacun de nous, chaque contributeur a ses lubies, ses vaches sacrées, ses tabous,... Et agit en conséquence, en se montrant parfois de mauvaise foi, parfois sentimentalement attaché à tel ou tel détail. Cela touche des sujets tels que la religion et la politique, mais pas exclusivement.
Mais certains ne viennent pas à Wikipédia avec le coeur pur. Je prends pour exemple l'article consacré à l'église de Scientologie, sur lequel en permanence est "placé" un contributeur qui ôte sciemment toute substance à l'article. Ce contributeur n'est pas toujours le même, il semble que dès qu'un "soldat" faillit, ne sait plus quoi répondre aux taquineries de certains, il finit par être remplacé par un autre. Je pense en tout cas avoir identifié trois scientologues successifs sur l'article. Le dernier en date tente vaguement, sur sa page d'utilisateur, de faire croire qu'il s'intéresse à divers sujets (musique, etc.), histoire de se rendre sympathique, mais l'analyse de ses contributions est éloquente : 100% des modifications qu'il effectue concernent l'église de scientologie, la dianétique, Lafayette Ron Hubbard et sujets voisins. Ses contributions se bornent à effacer, petit à petit, les références déplaisantes, et à en ajouter de peu signifiantes, à porter le doute sur certains documents, etc., etc. L'activité extrèmement régulière et l'engagement total de l'individu sont soutenus par la méfiance d'un bon nombre d'utilisateurs "neutres" vis-à-vis des sources officielles telles que la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires, la justice, la police, etc.
Le bon soldat de l'église de scientologie essaie par ailleurs régulièrement d'ôter le bandeau de "controverse de neutralité" qui est accroché en haut de l'article.
Une fois de plus, le calme et la patience dont font preuve les utilisateurs "engagés", et je dirais même "en poste", finit par leur laisser plus ou moins la maîtrise du traitement de leur sujet sur Wikipédia.
Je ne dis pas que cette situation me plait, mais on peut la constater souvent. J'ai cité la Scientologie, je pourrais parler de la Rose-Croix (dont le "permanent" sur Wikipédia annonce sur sa page de discussion qu'il est passionné de "mangas" - à mon avis un bel exemple de démagogie pour s'attirer la sympathie de certains wikipédiens), des Témoins de Jéhovah et d'autres.

Bon, c'est tout pour aujourd'hui.
Comme on le voit, il y a de nombreux cas où l'encyclopédie, de par son fonctionnement, ne se dirige pas vers la qualité. Mais ce n'est pas bien grave, cela constitue juste des ajustements à effectuer, des problèmes à régler, ce qui est le sport favori des wikipédiens.
Par Jean-no - Publié dans : Wikipédia
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Samedi 1 décembre 2007
Il existe une autre élite que l'élite intellectuelle disais-je.
Il existe en effet l'élite au sens du petit nombre qui dispose d'un pouvoir financier, politique ou symbolique, voire tout ça à la fois. Cette élite peut être issue de l'élite intellectuelle, mais ça n'est pas une fatalité et réciproquement. Un journal comme Le Monde par exemple, qui possède l'aura de "journal de référence" constitue une forme d'élite : les politiques et les universitaires se battent pour y publier des tribunes bien que ceux qui font Le Monde ne soient pas nécéssairement des universitaires ou des politiques. Y être mentionné est l'assurance d'être d'une manière ou d'une autre un sujet respectable, d'exister - car Le Monde est à la fois très lu (moins que Le Parisien ou L'Équipe mais plus que Le Figaro et Libération), diffusé nationalement et internationalement, mais en même temps considéré comme un support sérieux : tous les journalistes lisent Le Monde. Si Le Canard Enchaîné débusque un scandale politique, financier, note une petite phrase, etc., ça fera sans doute du bruit, mais pour que ce bruit deviennet important, que l'affaire soit considérée, il faudra qu'elle passe dans Le Monde, notamment s'il s'agit d'une affaire incompréhensible ou trop technique. Dans le cas d'une affaire simple à expliquer, le journal télévisé, malgré la faiblesse de la qualité des analyses qu'il s'autorise à produire, est encore le média le plus puissant et le plus influent, au point qu'il est aussi celui qui bénéficie de la plus grande impunité - impunité due au fait notamment qu'il s'abrite généralement derrière un autre média : "selon notre confrère Le Monde...", "selon la veuve de... ", mais aussi du au fait qu'il fonctionne comme un flux que rien ne saurait interrompre, que personne n'ose contrarier, eu égard notamment aux considérations économiques en jeu. Du coup la télévision ne permet presque jamais de "droit de réponse" et ne s'astreint à aucune forme de rectifications/corrections. Mais cela est un autre débat.
Je parle beaucoup du Monde car ce journal emblématique fait régulièrement preuve d'une certaine hostilité vis à vis de Wikipédia : les écrits de Pierre Assouline et de Francis Marmande, l'article étrange qui a suivi le résultat du procès en diffamation, la révélation, par le biais d'une filliale (la société de presse gratuite régionale) d'un fait délictueux,... Cet acharnement (tempéré par les billets de Francis Pisani) est assez étonnant.

L'élite journalistique n'aime pas beaucoup Wikipédia, dont le modèle de fonctionnement, et notamment le modèle économique (jusqu'ici, un refus total de la compromission), est trop bizarre. Une fois quelques sujets "bienveillants" faciles épuisés (une présidente française,...), certains passent à l'attaque. Ils cherchent des poux à Wikimédia et Wikipédia en feignant de découvrir ce que la logique la plus élémentaire permettait de déduire des principes techniques de fonctionnement de l'encyclopédie en ligne : si n'importe qui peut effectuer une modification, il est évident que des dérives ou des détournements du projet puissent avoir lieu régulièrement : insultes, diffamation,... Les questions "graves", telles que les annonces prématurées de décès, les calomnies en dessous de la ceinture, constituent un pain béni pour ceux  qui cherchent à rendre Wikipédia suspecte. Imaginez le plaisir qu'ils prendront à voir dévoilée une anomalie de 100 euros ou une note de frais d'intérêt discutable dans la comptabilité de Wikimédia !
Ces gens ne sont pas organisés, il ne s'agit pas d'un complot (en démocratie, un journaliste est persuadé d'être libre de ses écrits), mais à mon avis de l'envie inconsciente de voir la fondation Wikimedia aculée, à force de procès, à "faire comme tout le monde", c'est à dire à rapporter de l'argent et pas seulement à en coûter, histoire de fournir une preuve supplémentaire du fait que la corruption, la compromission, est la seule voie raisonnable.
Les alcooliques font pareil : ils font en sorte que les autres plongent, car l'image d'eux-mêmes que leur renvoie ceux qui ne partagent pas leur vice les désespère.

Voilà où je voulais en venir. Une certaine élite, l'élite la moins légitime à mon humble avis, celle que constitue la presse, n'aime pas trop wikipédia - tout en l'utilisant :  on a déjà vu des nécrologies de journaux "de référence" grossièrement décalquées - même plan, formules à peine différentes - sur des articles issus de Wikipédia.

Mais les Wikipédiens n'aiment pas énormément la presse eux-mêmes : emphase, écriture familière, stylisme, généralisation des cas particuliers,... Tout ce qui fait le langage journalistique est honni sur Wikipédia. Un bon article de Wikipédia est justement dépouillé de toute trace de journalistose.
Plusieurs Wikipédiens ont déjà fait remarquer que le travail qu'ils effectuaient sur le corpus encyclopédique avait même complètement modifié leur vision des médias d'information (notamment télé) : imprécision, formules vagues, affirmations gratuites, non sourcées,...

Bref, il est bien possible que toutes les formes d'élite ne soient pas amies de Wikipédia, et réciproquement._bug_fck
Par Jean-no - Publié dans : Wikipédia
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Samedi 1 décembre 2007
Dans le précédent billet, je rappelais que "le wikipédien" était loin de n'exister qu'en modèle unique, bien qu'on puisse sans doute établir l'existence d'un début de "culture wikipédienne".

L'anti-élitisme (revenons à nos moutons) est-elle effectivement une constante wikipédienne ?
Tout d'abord il faut définir l'élite, car selon les points de vue, l'élite peut désigner par exemple :
- une personne qui a eu son bac avec mention, qui a brillament fait une "prépa", qui a intégré une grande école, qui a réussi de grand concours, comme l'agreg, qui a passé une thèse, qui a intégré un corps prestigieux, grand professeur, haut fonctionnaire, ou que sais-je.
- une personne qui est issue d'un milieu particulièrement favorisé financièrement
- une personne "qui compte", "qui existe", c'est à dire qui passe à la télévision et qui organise le "spectacle" : politique ou journaliste, quoi.
- une personne qui fait autorité dans un domaine
étymologiquement, l'élite suppose une "élection" par des pairs  ou par des observateurs qualifiés. Ce qui signifie que l'élite est la désignation, par une personne qualifiée à le faire, de l'état d'excellence d'une autre personne. Ce qui participe, au passage, à offrir un statut à l'électeur : si vous décidez qui devient académicien, c'est que vous êtes vous même académicien ; si vous suivez une thèse, c'est que vous avez vous même été habilité à le faire et ça suppose tout un cursus universitaire ; Si vous faites partie du comité de lecture d'une revue scientifique c'est que vous êtes vous-même un scientifique considéré, etc. La pairie s'auto-soutient, finalement, le but étant toujours, pour chacun, d'atteindre le moment reposant où il est dispensé d'avoir à prouver sa valeur et où des états de service, voire un diplôme, servent d'argument d'autorité. 

Eh bien sur Wikipédia, beaucoup de gens font partie d'un tel système (élitiste) ou sont destinés à en faire partie. Anciens X, normaliens, thésards, docteurs, maîtres de conférences,... Mais ils ne s'en vantent pas, enfin pas trop, car sur Wikipédia, on ne dit pas "ta gueule, je sais mieux que toi, je suis plus qualifié".
Et il y a de bonnes raisons à ça.
La première raison est le manque de garanties. Si un dénommé "utilisateur:rigolodindon" prétend être docteur en philosophie ou agrégé en mathématiques, sa parole n'engage que ceux qui la croient.
D'ailleurs, ce système d'anonymat relatif (n'importe qui peut dire qu'il est n'importe quoi) implique que c'est la qualité des contributions qui assurent la respectabilité et non la respectabilité académique qui sert de "patte blanche".
Contribuer à Wikipédia n'est pas complètement valorisant pour un universitaire de haut-vol, car cela implique d'accepter de frayer avec des gens d'un niveau bien différent (or rappelez-vous, la pairie s'auto-entretient, on est valorisé par le fait d'appartenir à un club).
Et ceci ne peut se faire que sur une base de travail très spécifique.  Je veux dire par là que l'on peut tout à fait enrichir la bibliographie de l'article "Platon" si l'on est professeur de philosophie au collège de France. En revanche on ne peut pas, sur le même article, travailler d'égal à égal avec un étudiant fan de jeux de rôles en première année d'école d'ingénieur sur la définition de tel ou tel concept platonicien : le grand philosophe doit écrire son bouquin sur platon, il ne peut pas le faire sur Wikipédia. Ainsi, le chercheur de haut niveau n'a pas de raison de se vanter de son travail sur Wikipédia, ni de s'investir sur Wikipédia d'une manière qui ait un rapport avec son investissement en tant que chercheur, car sur Wikipédia il est condamné à la vulgarisation, activité qui ne manque pas de noblesse mais qu'on ne saurait confondre avec la recherche fondamentale ou la recherche appliquée. C'est pourquoi la grande majorité des chercheurs qui traînent sur Wikipédia sont assez jeunes. Je me rappelle d'un maître de conférences retraité, qui connaissait sur le bout des doigts plusieurs sujets très techniques, et qui a fini par plus ou moins quitter Wikipédia et aller sur Wikibooks, plus adapté à son niveau, parce que quand on a passé une vie sur un sujet, on ne peut pas aisément supporter de négocier son article avec des gamins, on a besoin d'interlocuteurs du même niveau, quand bien même ce seraient des ennemis. Et puis contribuer ça sert aussi à apprendre  soi-même (Enseigner c'est apprendre deux fois disait Joseph Joubert), à réviser. Il est normal pour un jeune historien de faire des articles pour tel ou tel roi oublié de l'histoire de France, mais vingt ans plus tard, le même historien qui ne sera plus tout à fait jeune devra plutôt consacrer son énergie à écrire un livre sur ledit roi, un livre qui contienne le fruit de ses propres recherches, des trouvailles, des réflexions, etc. Enfin ce que font les chercheurs.
Pour finir, une fois qu'on est un chercheur respecté, le savoir dont on dispose a une valeur qui  est loin de n'être que symbolique :  l'existence du chercheur au sein de l'institution universitaire dépend de la manière dont il détient/retient les informations dont il dispose. Participer à des articles non-signés pour y mettre le meilleur de soi-même semblerait, dans ce cadre, suicidaire. Cliché peut-être exact : on ne peut pas être généreux quand on est riche. Autre cliché : on ne peut pas facilement mélanger business et plaisir... Comme tous les poncifs, ceux-ci contiennent leur part de vrai. Quoi qu'il en soit, un scientifique ne peut pas dévaluer son capital universitaire en le distribuant de manière incontrôlée et sans en tirer de bénéfice symbolique ou financier : soit on le paie, soit il signe son article.

Bref : "l'élite" existe sur Wikipédia, mais elle ne peut pas donner le meilleur d'elle-même, non parce que les wikipédiens sont contre l'élite mais parce que l'élite elle-même n'y a pas intérêt. Je rappelle que j'entends ici le mot "élite" dans son sens primaire et non péjoratif : la crème de la crème, la fine fleur.
Mais il existe d'autres élites comme nous l'avons dit plus haut et comme nous alons le redire plus loin.

[suite au prochain numéro]
Par Jean-no - Publié dans : Wikipédia
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Jeudi 29 novembre 2007
On reproche souvent aux wikipédiens d'avoir l'élite en horreur.
Une telle affirmation pose divers problèmes : tout d'abord qui sont les wikipédiens, sociologiquement parlant ? Peut-on les voir comme un bloc homogène lorsque l'on sait que n'importe quel internaute peut à tout instant cliquer sur l'onglet "modifier" d'une page de l'encyclopédie pour compléter ou corriger un article ? Et si l'on veut bien supposer que l'accusation ne concerne que le "noyau dur" des wikipédiens actifs - quelques centaines de personnes -, on doit constater que tous n'ont pas le même "background" ni la même vision d'une encyclopédie.  Certains ont une passion à transmettre et s'y consacrent exclusivement : la Chine impériale, les distributions du système Linux, l'épistémologie de la psychanalyse ou la série télé Kaamelott. D'autres, venus pour ce même genre de raison peut-être, finissent par toucher à tous les articles, non parce qu'ils se croient compétents en tout mais parce qu'il n'est pas important d'être un fin connaisseur de la dynastie T'ang pour corriger des fautes d'orthographe ou des tournures de phrases sur les articles qui y sont consacrés. D'ailleurs plusieurs Wikipédiens sont avant tout passionnés par des activités essentiellement techniques de ce genre :  l'application des règles de la typographie, l'ordonnancement des catégories, la création d'outils purement informatiques ("(ro)bots", feuilles de style, etc.). Certains sont des curieux de tout, qui aiment travailler sur  n'importe quel sujet, afin de se cultiver puisqu'on n'apprend jamais mieux qu'en cherchant à transmettre. Assez différent à mon sens, il y a les "je-sais-tout", qui pensent que leur opinion sur les banlieues, l'élection en cours, l'évolution de l'Islam, l'évolution de l'économie chinoise et  bien d'autres sujets (souvent politiques donc) est tellement intéressante qu'il faut qu'ils la transmettent au monde entier. Ces Wikipédiens-là, souvent très impliqués émotivement dans leurs articles, ne font pas long feu sur Wikipédia à moins de changer d'attitude, car ils ont un profil particulièrement pénible dans le cadre d'un projet collaboratif et basé sur la neutralité de point de vue. Ce sont ces gens qui, au terme d'une relation souvent houleuse avec les autres contributeurs finissent par claquer la porte violemment  et à crier à la censure : "on" ne leur a pas laissé dire la vérité sur le médef dont le seul but est de mettre la France au chômage, la canaille rouge qui veut supprimer tout esprit d'initiative, les [religion x] qui veulent imposer leur foi au monde par la force, etc., etc. On en voit un bel exemple avec la tristement célèbre Alithia, qui a d'abord tenté de se faire une place sur Wikipédia avant de découvrir avec horreur que ses grandes consiérations sur Finkielkraut (qui est infaillible), Tariq Ramadan (le pire méchant depuis Gengis Khan) et Heideger (qui n'a pas dit que des conneries) n'étaient pas acceptées comme argent comptant et pouvaient même, par faute de sources ou par excès perceptible de partisanerie, être finalement censurées.
Je ne m'étendrai pas sur le cas des contributeurs qui viennent uniquement pour promouvoir un produit (église de scientologie, rose-croix, parti politique quelconque) dont les plus habiles peuvent être assez nuisibles au projet.

Bref, il n'y a pas qu'un wikipédien. Et chacun des "types" que je viens de décrire existe peut-être même en chaque wikipédien, selon les sujets, selon les moments, à divers degrés.
S'il n'existe pas qu'un genre de wikipédien, il existe bien une culture wikipédienne : au fil des travaux, un vocabulaire s'est constitué, des concepts se sont imposés et des pratiques se sont institutionnalisées. Ceux qui contribuent sérieusement ont même sans doute quelques croyances communes, celle en l'intérêt général du projet, souvent (apporter un savoir encyclopédique à des endroits où on n'utilise pas souvent d'encyclopédies,  dans les cités de Seine-Saint-Denis, dans le fin fonds du Gers ou au Mali), celle dans la "neutralité de point de vue" et enfin la croyance dans des pratiques de démocratie directe basée non sur le suffrage mais sur la recherche de consensus (c'est une constante dans les prises de décisions sur Wikipédia).

[Suite au prochain numéro]
Par Jean-no - Publié dans : Wikipédia
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Mardi 27 novembre 2007
Denis Olivennes, le patron de la fnac, a présidé une mission de lutte contre le piratage musical et cinématographique. La conclusion de ces travaux, c'est qu'il faut couper l'accès au net des pirates.
Certains s'indignent d'une telle punition qui, dans un monde centré sur la communication, s'apparente à couper l'eau ou l'électricité.
Ce qui est intéressant, c'est que l'importance du phénomène du piratage n'est jamais remise en cause et encore moins en perspective. Personne pour se souvenir, par exemple, que dans les années 70-début-80, époque à laquelle les disques étaient bien moins chers, le piratage était plus que fréquent, mais personne ne le savait, les pirates eux-mêmes ignoraient pirater. Ils étaient - nous étions - occupés à copier nos disques sur cassettes, afin d'en faire profiter le copains notamment. Et sans penser à mal, ça semblait normal pour tout le monde, et c'était parfois même justifié d'une certaine manière (du point de vue des mélomanes) puisque certaines choses ne pouvaient se diffuser que de cette manière : disques introuvables, imports rarissimes, concerts,... L'amour de la musique est quelque chose d'assez fort, que partagent les musiciens avec leur public, d'où il découle des situations pas si claires que celles qu'essaient d'imposer la sacem et autres dans les esprits. Je connais par exemple plusieurs musiciens qui sont contents aujourd'hui que des "fans" leur fournissent des enregistrements "pirates" d'un concert dont ils sont particulièrement fiers, y compris quand eux-mêmes avaient réclamé, avant le concert, qu'aucun enregistrement de ce type ne soit effectué. Je connais même des petits groupes qui mesurent la croissance de leur popularité au nombre de leurs titres qui sont présents sur les réseaux de téléchargement en Peer to peer.
Denis Olivennes, patron de la fnac, est un épicier de la culture, et ce qu'il voit ce sont les chiffres : si on faisait payer un euro chaque titre piraté, ça ferait des tas et des tas d'euros. Ce point de vue est compréhensible. Cependant il est faussement naïf. Outre le fait qu'on peut deviner qu'une personne qui a téléchargé 20 000 titres ne les écoute pas et surtout, ne les aurait pas achetés de toute façon (il peut télécharger par erreur, par hasard, des titres qu'il ne conserve que parce qu'ils ne prennent pas trop de place mais qu'il jetterait à la pouvelle sans états d'âme), la mutation de l'industrie musicale qui arrive ne se passe pas dans les rayons de la fnac. Il est de notoriété publique que les rayons disques de la fnac vont se réduire en surface, jusqu'à disparaître (et peut-être ne subsister que dans une fnac spécialisée - aux dernières nouvelles, tout ça n'est pas arrêté et dépend de la force de la "pente" sur laquelle est engagé le disque "tangible").
Mais la raison de ce changement ne vient pas du téléchargement "pirate", il vient du téléchargement "légal", qui progresse à pas de géants et qui devrait exploser une fois le verrou rhédibitoire des DRM disparu (Personnellement j'ai acheté pas mal de musique en ligne et les DRM m'ont causé un certain préjudice : après avoir dû réinstaller un système défectueux puis changé d'ordinateur et de système... Je me suis retrouvé avec une quarantaine de titres qui me disent que je n'ai plus le droit de les utiliser !)
Et ce changement fait très peur, bien plus peur que le piratage. Depuis quelques années, le piratage est la vache à lait de l'industrie musicale, qui réclame taxe sur taxe (taxe sur les cdroms, taxe sur les disques durs) sans aucune logique et sans partage (l'industrie du logiciel a autrement de bonnes raisons de se plaindre !), et surtout, sans avoir à travailler : quand vous achetez un disque dur externe, 15 euros partent directement dans la poche des compositeurs du dernier tube de Johnny, de Michel Sardou et autres Dj Bobo, c'est à dire que cet argent est reverés aux auteurs proportionnellement à leur succès. Le même scandale s'étend à d'autres domaines sans rapport avec le piratage : la Sacem empoche de l'argent pour le moindre mariage et la moindre petite fête, parfois en contradiction avec la loi (car un mariage est par essence une fête privée et sans droit d'entrée, donc non soumise à redevance en droits d'auteur), et le reverse à ses gros vendeurs. Ainsi, si on passe du jazz fifties pendant un mariage, ce sont quand même les compositeurs de Sardou et de Ilona qui gagneront de l'argent.
Crier au piratage a donc pas mal rapporté au monde du disque et à certains musiciens - mais certainement pas tous les musiciens.
Avec la musique en ligne, on change complètement de paradygme économique : les lieux de distribution comme la fnac sont plus fragiles, ils n'ont plus la force que leur donnaient leur surface d'exposition et leur stratégie monopolistique (qui tua les petits disquaires) et ne profitent plus de la difficulté qu'il y a à comparer les prix (rien de plus facile à comparer sur Internet). Mais surtout, les musiciens se réveillent et se demandent à quel point ils ont besoin des maisons de disques : il y a cinq ans, l'industrie musicale jettait à la rue des gens comme Alain Chamfort ou Michel Jonaz parce que leurs ventes s'érodaient, que leur public vieillisait, en bref , qu'ils coûtaient trop cher  et ne rapportaient pas assez. Contrairement aux "coups" fumeux  pour lesquels ont se passe parfois même d'artistes (qu'on remplace par un personnage en 3D,...) et où les chanteurs sont généralement interchangeables : un ou deux albums après avoir gagné la star'ac' (ou autre biais de découverte rapide des talents) et hop, poubelle. L'ingratitude des maisons de disques, leur turn-over dramatique (un artiste ne se fait pas en un jour), leur orientation pré-ado (les gamins qui assistent à des concerts de Tokio Hotel, Lorie, etc., sont si jeunes qu'ils y vont accompagnés de leurs parents), tout ça est finalement l'ennemi des musiciens, des carrières, et tout bêtement, de la musique.
Certains musiciens se demandent alors ce que font les maisons de disques pour eux : les découvrir, accompagner leur carrière ? On voit que ce n'est pas évident. Les "pousser" artistiquement ? Quand on a vu une jeune fille à la voix "soul" exceptionnelle (ou autre qualités) forcée à reprendre du Michel Sardou sur le plateau de la star Academy, on comprend le bien que Universal et autres veulent au jeunes artises : très peu.
Alors il reste deux choses qui justifient l'inféodation à une maison de disques :
- l'aide à la production de l'album (louer le studio, trouver les bons techniciens,...)
- la diffusion et la promotion
Les outils numériques actuels permettent de créer son home-studio pour quelques milliers d'euros, dans une qualité très convenable. Il est difficile de remplacer le professionalisme des "producteurs" (au sens "qui participe à la création du produit", pas au sens "qui finance"), mais ceux-ci sont souvent indépendants des maisons de disques, donc ils peuvent être embauchés par les groupes, directement.
Sur la diffusion et la promotion, c'est Internet qui change tout : tout peut se faire en ligne, quasiment du producteur au consommateur...
Voilà pourquoi tout le monde a peur en ce moment.
La question a titillé Radiohead (qui n'a jamais gagné autant d'argent sur un disque qu'en proposant à chaque Internaute de donner ce qu'il veut, voire rien), Prince (fâché avec les maisons de disques depuis longtemps) que d'autres rejoindront.
Comme le disque, comme la radio, comme la cassette, comme la télévision, la musique téléchargeable (légalement ou pas) est en train de modifier radicalement le paysage musical.

Les lois votées pour le bon plaisir des "acteurs de l'industrie musicale" cherchent à freiner le mouvement, à l'encadrer, à grapiller quelques euros par ci ou par là, mais pas spécialement à assurer le bien-être des musiciens ni la qualité de la musique qui nous est donnée à écouter. C'est toute la bizarrerie de cette histoire de "piratage" : les mélomanes sont les "méchants" de l'affaire tandis que ceux qui traitent la musique et les musiciens comme une simple marchandise sont les "gentils" !
Par Jean-no - Publié dans : Internet
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